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Le droit de l'Océan Indien
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Variations

RJOI Numéro 19 , Page : 181
John Marcelline, Émilie Mussard, Morgan Sebaoun et Julie Vaillant

Le droit est un sport de combat

Texte intégral

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1 « Affrontement », « Douleur », « Fac de droit » ! Trois termes pour lesquels raisonne la cloche qui annonce le combat.

2Aux armes, juristes ! Formez vos bataillons !

3Nous ne saurons tolérer que soit salie aujourd’hui la mémoire de nos anciens, braves juristes, qui ont combattu en tout temps pour la loi… contre la loi. Ne sont-ils pas dignes d’être nommés « combattants » ?

4Certains semblent considérer que se battre ne se résume qu’à un simple « totochement », où les poings et les pieds deviennent les honteux « collaborateurs » d’une violence gratuite.

5Que serait donc un praticien du droit ? À entendre certains, il ne serait qu’un vieux hibou fatigué, les yeux écarquillés, l’esprit embrumé… une simple machine à appliquer le droit. Vulgaire gratte papier ! Nous ne pouvons que déplorer autant de naïveté, fût-elle le fruit d’une hypocrisie manifeste. Qu’ils assistent donc à un procès ! Quel spectacle mes amis ! des combattants aguerris, des renards rusés, luttant sans merci, le glaive de la justice a la main !

6Oui, le droit est un sport de combat ! Le juriste développe sa technique, il combat dans un cadre institutionnalisé, et agit conformément à l’éthique !

7En garde ! Serrez les mâchoires et préparez-vous au combat ! Car mes coéquipiers ont hâte d’en découdre.

8Un même apprentissage

9     Tatami, amphithéâtre : même combat ! L’étudiant en droit se doit de pratiquer l’autodéfense intellectuelle, d’acquérir une indépendance d’esprit... ou du moins d’y travailler. Et il n’y arrive que rarement seul... Pour cela, il faut un maître, un entraîneur, un professeur qui prenne sous son aile le jeune Padawan afin de lui enseigner sa doctrine… comme il l’a fait avec de nombreux petits scarabées avant lui. Car le maître a ses disciples qui sont, notamment pour toi, jeune dionysien dans le besoin, chargés de TD. Ces maîtres, ces professeurs, ces entraîneurs, il y en a de toutes sortes. Certains sont petits, vieux, tout verts avec de longues oreilles et une syntaxe approximative. D’autres sont jeunes, bruns, spécialisés en droit du sport... et... petit aussi !

10En droit comme en sport de combat, l’apprenti doit passer des examens qui ont tout de la compétition sportive. Il lui faut franchir des étapes, monter en grades. Un vrai parcours du combattant ! L’étudiant juriste devra, tout au long de son apprentissage, livrer un triple combat. Un combat physique, d’abord : Il doit faire preuve d’endurance pour vaincre la fatigue, accroître sa résistance aux coups portés et se muscler. Oui, il a des biceps en béton à force de porter ses codes à bout de bras, des neurones d’acier dopés à la jurisprudence, des mollets sculptés par les marches de l’amphithéâtre... Un combat intellectuel, ensuite : la force seule ne suffit pas. Que l’on se souvienne de David contre Goliath ou de cet étudiant tamponnais qui, dit-on, aurait, un jour, vaincu son chargé de TD ! Il lui faudra maîtriser son stress, développer sa combativité. Car comme le dit un chevalier : « le guerrier qui cultive son esprit, polit ses armes ». Un combat moral enfin : il devra faire preuve de persévérance pour ne pas jeter l’éponge, mener une véritable lutte contre lui-même pour ne pas céder aux seules sirènes des plaisirs intenses et volatiles : abandonner « le rhum, les femmes et la bière, nom de Dieu ! », pour se consacrer à son labeur.

11L’apprenti juriste apprendra également à manier des armes juridiques. Le code pénal comme gant de boxe, le GAJA en guise de massue – quoi de plus assommant ? – et le stabilo en baïonnette ! Enfin, il maîtrisera la subtilité du raisonnement juridique ! Maniant avec raffinement, présomptions, fictions, qualifications, formalisme, langage, raisonnement, interprétation… le juriste, combattant méthodique, mène une quête « de la vérité des choses » !

12Le droit lui permet ainsi d’affûter son corps social et son esprit... afin d’être prêt le jour DJ pour mieux vaincre et convaincre !

13Je vais en finir là chers contradicteurs. Mais, à vous qui dîtes que le droit n’est pas un sport de combat, nous donnons tout de même ces quelques protections dans votre intérêt (distribution de masque de protection, coquille et protège-tibia à l’équipe adverse).

14Un même cadre institutionnalisé

15Le droit est un sport de combat.

16Quel Combat ?

17D’abord, le combat originel, celui pour la production du droit, pour la mainmise sur sa formation, et son contenu. Alors « Qui a le droit, qui a le droit »… de faire des lois ? Trop souvent l’Exécutif cherche à Zlataner le Parlement ! Tout comme le juge garde les cages de son indépendance inviolées et tacle les immixtions des gouvernants dans sa surface. Le contenu du droit ? Quel plus beau combat que celui pour LES droits ? Oui, le juriste se bat, même contre la mort, parfois. Par chance pour nos adversaires, la peine capitale a été abolie, mais s’il le faut, « j’emploierai des moyens légaux » !

18Vaincre dans quel cadre ? Une organisation centralisée, élue… pyramidale ! Une structure qu’un célèbre juriste autrichien n’aurait pas reniée : Kelsen structure ! Chaque juriste est soumis aux mêmes normes, aux mêmes codes ! Quelle que soit sa catégorie, ces règles lui assurent l’égalité des armes, garantie par le juge-arbitre, quand il n’est pas lui-même mis au… Tapie ! C’est ce juge, qui dans sa grande sagesse, son impartialité sans faille, compte les points, sanctionne et sait reconnaître les meilleurs. L’arène privilégiée du droit, n’est-ce pas le palais de justice ? Carbonnier disait « il y a dans le procès un combat, à tout le moins un match ! ». Chacun arrive, porte la contradiction, et fait entendre ses arguments comme dans le stade résonne le haka ! S’ils combattent, c’est dûment informé des risques, c’est à armes légales ! Avant la décision, tous auront ainsi prouvé les qualités ou les faiblesses qui font d’eux des Hommes, avec UNE grande hache. Les rituels du procès sont presque ancestraux : l’échauffement des avocats, avant l’audience, dans la salle des pas perdus, puis l’audience commence ; tout le monde se lève… pour le juge, le juge !

19Et moi, alors, n’ai-je pas le plus bel équipement pour combattre ici devant vous ? J’enfile la robe comme un karatéka le kimono, ma ceinture première dan à l’épaule ! Un enjeu de taille, des coachs tenaces et déterminés, des arbitres d’exceptions, des supporters en furie ! Ainsi que… d’aimables faire-valoir. D’aucuns penseraient qu’un affrontement est nécessairement sauvage, sanguinaire, faisant toujours primer la loi du plus fort : ils ne peuvent qu’avoir tort — et je ne parle pas du super héros —. Mais, le round est terminé, alors reprenez donc un peu votre souffle, avant que n’arrive ma consœur.

20Juriste et combattant : une même éthique

21Le droit est un sport de combat.

22Est-ce que pour autant tous les coups sont permis ? Non !

23Le droit est soumis à des principes, à une morale. En boxe, frapper un adversaire en dehors du ring est puni sévèrement. Il en va de même pour le droit : frapper un avocat en dehors du tribunal n’est pas autorisé. Pas de javelot dans les prétoires seulement des piques oratoires !

24Honneur, courage, vaillance et loyauté, telles sont les vertus qui guident le juriste sur la voie de la justice. Les samouraïs avaient leur bushido ; nous avons notre éthique… et toc !

25Comme le sportif, le vaillant juriste — ou la juriste Vaillant — ne saurait vaincre sans honneur. Défendre son honneur de juriste, contre ceux qui veulent la mort d’un homme, avoir le courage de se battre pour l’égalité de tous, de s’opposer à certains, et de toujours se comporter loyalement. Loyalement certes, mais si les coups bas sont interdits les simples ruses de guerre ne le sont pas. Et il est ainsi parfaitement acceptable que le juge soit saisi par les parties. Aussi, l’avocat se doit de faire preuve de dignité, dans le cadre de ses fonctions, de conscience, d’indépendance, de probité et d’humanité ! Le juge, quant à lui, prête un serment, tout comme pourrait le prononcer le combattant : « Je jure de bien et fidèlement poursuivre la victoire, de garder religieusement mes bottes secrètes et de me conduire, en tout, comme un digne et loyal sportif ».

26L’avocat-général D’Aguesseau l’affirmait : « aussi simple que la vérité, aussi sage que la loi, aussi désintéressée que la justice, le juge sait qu’il n’a pas été revêtu du sacré caractère du magistrat pour plaire aux hommes... mais pour les servir ». Car si le juge se montre indigne de la confiance et de la considération dont il doit jouir, il sera retoqué. Oui, le mot d’ordre de la justice est sainte éthique... Et toc ! De même, le sportif indigne de combattre verra sa licence retirée — et je ne parle pas ici bien sûr de son premier diplôme de droit —.

27Le combat, lui-même, doit obéir à des règles. Nos adversaires, gagneraient à faire leur cette affirmation de Michel Bouet... à laquelle je les invite à se raccrocher : « Sans le fair-play, l’idée même de sport n’a plus de sens ». La loyauté des compétitions et l’authenticité des résultats sont, les valeurs fondamentales du sport et les principes généraux du droit ! Les décisions, prises avec toute la probité requise, ont la puissance d’un crochet… du droit... provoquant le K.O. juridique !

28Les gouvernants eux-mêmes, représentants du peuple, doivent se comporter conformément à l’éthique… Et, je vous le dis sans mentir, les yeux dans les yeux, certains ont failli, ont été pris la main dans le Cahuzac ! Tricheurs, ils ont été logiquement sanctionnés. Pourtant le ring politique a vu naitre de grands hommes, de vrais champions. De ceux qui permettent à leur discipline de s’élever. Clémenceau ne se battait-il pas comme un tigre ? De Gaulle n’était-il pas un grand général ? De Gaulle n’était-il pas un grand président — ça fait de Gaulle à 0 — ?

29Monsieur le Président, Madame et Messieurs les membres du jury, mes chers adversaires refusent de voir le droit comme un sport de combat. Mais qu’ils se souviennent de ces mots de Berthold Brecht : « Celui qui combat peut perdre, mais celui qui refuse le combat... a déjà perdu. »

30Épilogue

31Oui, le droit est un sport de combat : de grâce, mes frères, cessez donc ces blasphèmes fratricides ! Même la fédération internationale d’échec est une fédération sportive : arrêté ministériel du 19 janvier 2000. Nierez-vous que la performance cérébrale soit une performance physique ? Je tiens à vous rappeler que le cerveau est un muscle, encore faut-il savoir s’en servir…

32Alors juristes Tamponnais, aux armes ! Formez vos bataillons et suivez, avec moi, le poète :

33Allons, debout ! allons, allons ! debout, debout !

34Assez comme cela de hontes et de trêves !

35Au combat, au combat ! car notre sang qui bout

36À besoin de fumer sur la pointe des glaives !

Quelques mots à propos de :  John Marcelline

Étudiants en L2 Droit – Université de La Réunion – Campus du Tampon

Quelques mots à propos de :   Émilie Mussard

Étudiants en L2 Droit – Université de La Réunion – Campus du Tampon

Quelques mots à propos de :   Morgan Sebaoun

Étudiants en L2 Droit – Université de La Réunion – Campus du Tampon

Quelques mots à propos de :   Julie Vaillant

Étudiants en L2 Droit – Université de La Réunion – Campus du Tampon