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Le droit de l'Océan Indien
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Variations

RJOI Numéro 19 , Page : 177
Élodie Calteau, Serenya Djibodé, Antony Doppia et Jessy Pollux

Le droit n’est pas un sport de combat

Texte intégral

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1Monsieur le Président, Madame et messieurs les membres du Jury,

2Nous sommes en état de siège ! Non pas que les militaires aient envahi nos contrées, non, il s’agit là, d’une tout autre idée, celle qui ronge nos esprits, celle qui usurpe nos pensées, l’idée que le droit serait un sport de combat.

3On nous somme de nous battre pour nous défendre. Oui, la vie est un éternel combat, combat que l’on se doit d’accepter.

4Mais, quand la lutte, le ring, le crochet, ou encore la riposte sont les maîtres mots d’un tel discours, il convient de nous rappeler qu’avant que de nous battre, il est un point qu’il est bon de débattre.

5Il serait ingénu d’affirmer que seul le champ sémantique puisse attester de la relation directe du droit au sport de combat. Rien de plus simple que de comparer le ring au procès, l’arbitre au juge, les adversaires aux parties.

6Mais, il serait tout aussi aisé de comparer le législateur au chef d’orchestre, les notes juridiques aux notes de musique, les arrêts des Cours Suprêmes aux cadences musicales. N’est-ce pas là, l’exemple type d’une argumentation biaisée ?

7Sachez, Madame et messieurs les membres du Jury, Peuple Dyonisien,Peuple Tamponnais, que de fils en aiguilles, mes chers contradicteurs essaieront de vous broder un tissu de mensonges. Lequel affirme que le droit est un sport de combat.

8Mais, le droit n’est pas un sport de combat ! Et, il me sera inutile de m’y adonner, pour mettre les points sur les i.

9Le plus faible en droit peut vaincre s’il se retrouve lésé. Car la loi est l’instinct qui lui fait sentir la justice ! Tel un preux chevalier qui s’en ira au front, il fera des codes et manuels dont il dispose son cheval de bataille. Nul besoin de force, nul besoin de violence, nul besoin de sport de combat pour que triomphe la justice.

10Supposant faire preuve d’intelligence, ou d’imagination, nombreux seraient tentés d’affirmer, comme Pascal, Blaise Pascal,

11« Que la justice sans la force est impuissante,

12Que la force sans la justice est tyrannique.

13Mais, l’ignorant affirme, le savant doute, et le sage réfléchit. »

14Il est vrai que certains pourraient s’évertuer à énoncer, que le droit international ne soit qu’un simple déguisement de la loi du plus fort, et, il ne fait nul doute ici qu’ils auraient raison.

15Mais, le droit international est-il réellement un droit ? Ne soyez pas ronchon, Monsieur Pinchon ! Pourrions-nous, au mieux, l’assimiler à des relations internationales ?

16Ô rage, ô tempête que de penser le contraire ! Comment même peut-on imaginer que notre droit soit profondément ancré, soit profondément enraciné dans l’injustice ? Ainsi, selon les dires de certains, un État, se verrait-il appliquer la loi du plus fort ? À d’autres ! Certains se croient au-dessus des lois, mais pas des nôtres.

17Monsieur le Président, Madame et messieurs les membres du jury, non seulement le droit n’est pas un sport de combat, mais nous soutenons même que le droit n’est pas un sport.

18Le sport est un ensemble d’exercices physiques. Le droit est-il un ensemble d’exercices physiques ? Il n’existe point de salle de musculation réservée aux juristes où ces derniers préservent au mieux leur forme en soulevant des codes et pavés de doctrine.

19Imaginez... Un monde où les nombreux poids et barres de traction ne seraient plus, ils seraient remplacés par divers ouvrages juridiques.

20Imaginez... Le côté théâtral de la scène :

21Nous sommes sur la terrasse d’un café, il est 20 heures, un de nos amis juriste de longue date nous rejoint après s’être exercé avec plein de rigueur et d’énergie à soulever quelques manuels de droit. Nous l’accueillons bien amicalement : « 'Hey Camarade, ça fait plaisir de te voir ! Dis donc, tu as pris du muscle ! Ah toi… tu as poussé de la doctrine on dirait ! » Bien entendu, le droit ne se résume pas uniquement à un aspect matériel, mais si le savoir a son poids,

22Nos chers contradicteurs devraient savoir que faire du droit n’entraîne pas de multiples mouvements répétés du corps, améliorant ou maintenant nos capacités motrices.

23Laissons-les se remettre en scelle, mais nous, nous sommes à cheval sur les mots.

24L’on nous dit que le sport est un jeu, le droit est-il un jeu ? Indubitablement, il n’en est pas un. Cela ne m’empêche de tirer mon épingle du jeu. Quand on nous parle de droit, nous voyons une discipline aussi admirable que sérieuse. Nous voyons une discipline visant à une fin utilitaire, avec une portée beaucoup plus ample que l’unique divertissement.

25Le divertissement sert à se détourner de la réalité, de la vie selon le philosophe Pascal. Le droit nous impose une réalité, nous expose la vie. Le sport observe certaines règles précises. Peuple, voyez par vous même ! Telles les premières briques sur lesquelles repose une humble demeure. Le sport, que défendent nos contradicteurs est encadré par des règles de droit. Écoutez l’argument sur lequel on met le doigt

26Le droit n’est que... l’outil du sport. Il sert à l’encadrer de règles, à l’organiser. Comment peut-il alors être qualifié de sport s’il sert à encadrer ce dernier ? Alors non ! Le droit n’est pas un sport !

27La devise du Comité international olympique nous dit : « L’essentiel, ce n’est pas de gagner, mais de participer ». Si cette devise marque l’esprit du sport, Vous conviendrez qu’elle n’est en rien applicable en droit.

28Plantons le décor. Suite à un procès des plus houleux, le verdict est tombé. Un mot, un seul, raisonne dans le climat tendu de la salle : perpétuité. L’avocat du condamné, croyant alors faire preuve d’optimisme, chuchote à son client : « L’essentiel... ce n’est pas d’avoir vaincu, mais de s’être bien battu ». Discours inattendu. Nul besoin d’un discours-fleuve pour évoquer l’émoi du condamné. Celui-ci est mouillé jusqu’au cou, quand tous ces projets de vie tombent à l’eau. Le tableau que l’on vient de faire apparaître ne sert guère... à amuser la galerie, il dépeint une évidence.

29Madame et messieurs les jurés, cet exemple nous prouve que le droit que l’on arbore n’était, n’est, ne sera jamais un sport.

30Monsieur Le Président, Madame et Messieurs les membres du jury, indignez-vous !

31Une palette de manifestations, une touche du 20 heures et une pointe de politique ont suffi à faire dire à nos chers contradicteurs que le droit est un sport de combat !

32Mais quel homme sensé oserait à ce point caricaturer la discipline par laquelle il respire, s’exprime et s’accomplit ?

33Nous l’avions dit, le droit n’est pas un sport de combat, nous l’avons prouvé qu’il n’est pas un sport, alors qu’est-ce que le droit ? Le droit est une science, et nous pourrions même dire que c’est un Art !

34Platon lui-même définissait ce dernier comme un système des enseignements universels, vrais, utiles, partagés par tous, tendant vers une seule et même fin. N’est-ce pas là une exacte définition du droit ?

35On ne manquera pas de me dire que le droit est plus un art qu’une science, mais considérons donc un syllogisme évident. Nous ne parlons pas ici de la vulgarisation de l’esthétique et de la technique à tout va. Il s’agit d’un mode de savoir etd’expression bien plus noble que la mise en scène d’un instinct animalier.Comme il n’y a pas lieu de distinguer fondamentalement lorsque l’Art est la science du beau et que le Droit est l’art du juste et du bien. Alors il deviendrait dérisoire de vouloir ici en débattre trop longtemps.

36Mes très chers Renards, ne vous méprenez pas, ce que le public réclame, c’est l’image du droit dans le sport de combat, non le droit lui-même !

37Plus profondément, le Droit est science autant que le sport de combat n’en est pas une. Le sport de combat, lui, n’est qu’éphémère, il dure le temps d’un crochet de boxe, le temps d’un affrontement et ne peut qu’être qualifié d’invention quand la science s’impose comme réalité inébranlable.

38Le droit est d’autant plus réel qu’il s’approprie parfaitement les critères d’une science : une méthode, une technique et un objet d’étude, vous en conviendrez, ce que le sport de combat, lui, ne possède pas.

Quelques mots à propos de :   Élodie Calteau

Étudiants en L2 Droit – Université de La Réunion – Campus de Saint-Denis

Quelques mots à propos de :  Serenya Djibodé

Étudiants en L2 Droit – Université de La Réunion – Campus de Saint-Denis

Quelques mots à propos de :  Antony Doppia

Étudiants en L2 Droit – Université de La Réunion – Campus de Saint-Denis

Quelques mots à propos de :   Jessy Pollux

Étudiants en L2 Droit – Université de La Réunion – Campus de Saint-Denis